La Vénus de Verdun

Récupérer, transformer, embellir. Voir au de-là de ce que mes yeux regardent.

Durant le confinement du printemps dernier, je marchais tous les soirs  dans les rues de notre quartier, l’un des plus cool de la planète. Un soir de veille des collectes des déchets, j’aperçois sur le trottoir deux mannequins de vitrines de magasin , quelque peu abîmés qui  attendent leur triste sort. Je me suis dit, il y a là un potentiel de beauté. Je choisis l’un d’eux, laissant son jumeau à son destin de rebut et me voilà ramenant sous le bras le buste argenté chez moi.

 Et maintenant quoi en faire? Voilà la question. Je regarde ce corps de femme sans tête ni bras, Toutes les possibilités sont en moi. Le métamorphoser au gré de ma fantaisie, faire de cet objet usagé destiné au dépotoir une sculpture métaphorique.

Madame sera dorée et adorable, à la fois reine pacifique et guerrière redoutable! Ne lésinons pas sur les contradictions.

Pour la vêtir, j’ai en tête la confection d’un plastron. De la broche à poule trouvée dans la ruelle servira de base sur laquelle j’y tisserai du fil de laiton acheté au Rona sur notre populaire rue Wellington. J’avais en ma possession depuis longtemps un assortiment de pierres semi-précieuses qui dormait dans un tiroir, Tiens, tiens, elles serviront de parure à Madame. Et comme un cadeau de la Providence, une amie m’en offre une douzaine de plus…Patiemment, je les brode une à une sur sa cuirasse.

Que pourrais-je utiliser d’autres pour l’habiller et l’embellir? Une tulle dorée qui ornait ma fenêtre de salon lui servira de tunique sous l’armure. Mais ce n’est pas tout, Madame  a besoin d’un socle pour être à la hauteur de son titre. Je pars donc à la recherche d’un objet digne  de son rang, destination le magasin Renaissance toujours  sur notre bien-aimé rue Wellington. Et là bingo! Je trouve un support à cd en métal. Avec ma scie, je coupe les barreaux à la bonne hauteur. Le défi sera alors de faire tenir le corps sur son socle. Mission réussie! Madame a fière allure et trône désormais dans mon salon… pour l’instant! Parce que nul ne sait sa destinée!

Car si le musée du Louvre possède sa Vénus de Milo, notre quartier lui, a depuis le confinement sa Vénus de Verdun.

 J’ai toujours aimé améliorer des objets qui ont  à mes yeux le potentiel de l’être et je trouve souvent consternant de constater la quantité d’objets en excellente condition mis à la rue. Il suffit parfois seulement d’un peu de temps et d’imagination pour leur donner une deuxième vie. Et si les objets pouvaient parler, il vous en seraient infiniment reconnaissants.

 Récupérer, transformer, embellir. Voir au-delà de ce que vos yeux regardent. Le plaisir de créer et d’apporter de la beauté!

Louise-Véronique Sicotte

Texte lu lors de la soirée du comité “Écriture et lectures” de Demain Verdun « Raconter votre Uni-Vert’ du 25 novembre 2020

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